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Ce goudron de 2200 ans lève le voile sur les réparations des navires romains

Ce goudron de 2200 ans lève le voile sur les réparations des navires romains

2026-08-23T21:17:24.014754+00:00

L'épave qui n'en finit pas de nous surprendre

Accrochez-vous : je vais vous parler de goudron antique. Oui, vous avez bien lu. Et non, je ne suis pas devenu fou — mais les chercheurs viennent de faire une découverte absolument incroyable sur un navire romain coulé il y a environ 2 200 ans.

L'épave en question, nommée Ilovik-Paržine 1, a été repérée en 2016 au large des côtes croates. Pendant des années, les archéologues l'ont étudiée sans relâche. Mais une analyse récente publiée dans Frontiers in Materials vient de révéler des secrets complètement dingues.

Le mystère des revêtements étanches

Garez vos préjugés, parce que ça devient passionnant. Les navires de l'Antiquité devaient survivre à l'eau salée, aux tempêtes et à tout un tas d'organismes marins affamés prêts à dévorer une coque en bois. Pendant des millénaires, les constructeurs ont utilisé de la poix et du goudron naturels, extraits de la résine de pin.

Le hic ? D'après le Dr Armelle Charrié, archéomètre au Laboratoire de Spectrométrie de Masse en France, ces matériaux de protection ont toujours été négligés. On s'est tellement concentrés sur le bois et les cargaisons qu'on a oublié d'étudier ce qui maintenait littéralement le bateau hors de l'eau.

Son équipe a décidé de combler ce manque. Résultat : deux types de revêtements différents ont été identifiés sur cette épave romaine. D'un côté, la poix de pin classique. De l'autre, un mélange de poix et de cire d'abeille — une combinaison que les anciens Grecs appelaient la « zopissa ». L'avantage de cette mixture ? Elle s'appliquait plus facilement à chaud et restait plus flexible. Pas bêtes, ces Romains.

Le pollen, cette capsule temporelle invisible

Maintenant, accrochez-vous davantage. Parce que la poix, forcément collante, piège tout ce qui passe dans l'air — y compris du pollen. Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce pollen peut se conserver pendant des millénaires.

En analysant les grains piégés dans les revêtements, les chercheurs ont pu reconstituer la végétation qui existait autour des endroits où la poix avait été fabriquée ou appliquée. Résultat des courses : des paysages méditerranéens typiques, avec des chênes verts, des pins et ce maquis caractéristique qu'on appelle le matorral, où poussent les oliviers et les noisetiers.

Mais ce n'est pas tout. Du pollen d'aulne et de frêne — des arbres de berges et de rivages — a aussi été identifié. Et cerise sur le gâteau : des traces de sapin et de hêtre, qui poussent en montagne. Conclusion : la poix provenait probablement de zones où les montagnes tombent directement dans la mer, comme c'est le cas sur une partie du littoral croate.

La preuve de réparations multiples

Voici peut-être la révélation la plus fascinante : ce navire a reçu entre quatre et cinq couches de revêtement successives au cours de sa vie. La poupe et le centre affichaient un matériau constant, mais la proue portait la marque de trois couches distinctes.

Cela nous dit quelque chose d'extraordinaire : le navire a été réparé plusieurs fois, probablement dans différents ports méditerranéens.

Des recherches antérieures situent sa construction près de Brindisi, en Italie actuelle. Seulement voilà : certaines couches de réparation correspondent à des matériaux de cette région, tandis que d'autres semblent avoir été appliquées beaucoup plus près du lieu du naufrage.

Le Dr Charrié le souligne joliment : oui, bien sûr qu'on imagine que les navires parcourant de longues distances avaient besoin de réparations. Mais le prouver, c'est une toute autre histoire. L'analyse pollinique vient de rendre cette tâche infiniment plus simple.

Pourquoi ça compte ?

À mon avis, cette découverte a plusieurs intérêts.

D'abord, elle montre que les navigateurs méditerranéens de l'Antiquité ne se contentaient pas de dériver gentiment. Ils entretenaient activement leurs navires sur des milliers de kilomètres. Ça en dit long sur la sophistication de leurs opérations maritimes et de leurs réseaux d'approvisionnement.

Ensuite, ça nous rappelle une vérité simple : l'archéologie regorge d'histoires encore inédites. On étudie les épaves depuis des générations, et pourtant, on n'avait jamais songé à chercher les secrets biologiques préservés dans leurs revêtements protecteurs. Il suffit de regarder au bon endroit.

Et puis, avouez-le : il y a quelque chose de magique à pouvoir prendre un bout de goudron ancien, analyser sa structure moléculaire et voyager dans le temps pour voir quels arbres poussaient là-bas il y a 2 200 ans. La science, parfois, ça ressemble sacrément à de la magie.


Source : ScienceDaily

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