Science & Technology
← Home
L'Atacama noyé sous les pluies : le désert le plus sec de la Terre submergé

L'Atacama noyé sous les pluies : le désert le plus sec de la Terre submergé

2026-09-01T21:22:01.232257+00:00

Là où "sec" est un euphémisme

Imaginez un endroit si sec que les scientifiques y envoient tester leurs robots martiens. C'est le désert d'Atacama, au nord du Chili. Certaines zones n'ont jamais vu une seule goutte de pluie depuis le début des mesures. On parle d'un endroit où l'air est si asséchant que les conditions rivalisent avec celles de Mars.

Alors quand je vous dis que ce désert s'est récemment retrouvé sous la neige, puis noyé sous une pluie représentant dix fois les précipitations annuelles... oui, moi aussi j'ai eu du mal à y croire.

Ce qui s'est passé

En août 2026, une série de tempêtes hivernales a balayé le nord du Chili avec une violence rare. Les images satellite de Landsat 8 et 9 ont capturé la transformation : le plateau de Chajnantor, blanc comme un cake d'anniversaire.

Cette zone d'altitude abrite ALMA — le grand réseau millimeterique/submillimétrique d'Atacama — l'un des radiotélescopes les plus impressionnants jamais construits. Quand la neige et les vents soufflant en ouragan sont arrivés, ALMA a fait ce que tout équipement à plusieurs milliards ferait : il s'est mis en mode survie.

Mais attendez, ça devient vraiment étrange. Une deuxième tempête a déversé de la neige sur tout le désert — des Andes jusqu'à la côte pacifique, près d'Antofagasta. Ça ne devrait tout simplement pas arriver.

Pourquoi ?

Les scientifiques parlent de vagues de froid isolées — des systèmes de basse pression qui se détachent du courant-jet et vont vaguer là où ils n'ont rien à faire. Imaginez une dépression météorologique qui aurait pris le mauvais chemin et débarqué sans invitation.

Cette événements avait un bonus : selon René Garreaud, chercheur en sciences atmosphériques à l'Université du Chili, le système d'août s'est détaché d'un thalweg particulièrement massif — une configuration météo couvrant une bonne partie de l'hémisphère sud.

Ajoutez à ça l'humidité venue de la côte, et vous obtenez de la pluie et de la neige dans des zones qui reçoivent des précipitations peut-être une fois par décennie. Garreaud qualifie ces chiffres de "rares pour cette région autrement extrêmement aride".

Vraiment autant que ça ?

Oh oui. À Taltal, une ville côtière, près de 40 millimètres de pluie sont tombés en seulement trois jours. Pour comparaison, c'est à peu près dix fois leurs précipitations annuelles. En trois jours.

Je ne sais pas vous, mais moi je m'inquiéterais pas mal si ma ville passait de 4 mm de pluie par an à 40 mm en une semaine. C'est exactement ce qui s'est produit.

Les dégâts ont été réels. Des coulées de boue et des crues soudaines ont ravagé certaines zones du nord du Chili. Des milliers de personnes ont été impactées. Des centaines de maisons ont subi des dommages importants. Ce n'était pas une simple curiosité météo — c'était une vraie catastrophe naturelle.

El Niño est le coupable ?

Garreaud pointe du doigt un suspect connu : El Niño. Quand El Niño est actif, l'anticyclone du Pacifique qui maintient la sécheresse sur le nord du Chili s'affaiblit. Simultanément, un blocage anticyclonique a plus de chances de se former près de la pointe sud de l'Amérique du Sud.

Résultat de ce petit rearrangement atmosphérique ? La trajectoire des tempêtes se déplace vers l'équateur, facilitant l'arrivée de systèmes météorologiques puissants dans des zones normalement désespérément sèches.

Les tempêtes d'août n'étaient donc pas complètement hasardeuses — elles font partie d'une tendance qui s'accentue avec la montée d'El Niño.

Ce que ça nous apprend

Ce qui me frappe dans cette histoire : on imagine souvent les déserts comme des paysages immuables, éternels. Et sous bien des aspects, c'est vrai — l'Atacama est désertique depuis des millions d'années.

Mais le climat n'est pas figé. Les schémas météorologiques changent. Ce qui était un événement exceptionnel pourrait devenir banal dans quelques années. Les mécanismes qui rendent l'Atacama si sec existent toujours, mais des forces plus puissantes les repoussent doucement.

Un bon rappel que même les endroits les plus extrêmes de la planète ne sont pas à l'abri du changement. Et franchement, voir un désert se couvrir de neige puis être noyé sous la pluie me fait réfléchir : quels autres événements "impossibles" pourraient devenir plus fréquents ?

Une chose est sûre : les équipes d'ALMA vont désormais surveiller les prévisions météo de très près.

#atacama desert #chile weather #el niño #climate extremes #snowfall #cutoff lows #alma observatory #unusual weather events