Quand tout lâche à 35 000 pieds
Imaginez que vous volez tranquillement et que, soudain, un bang retentit. C’est ce qui est arrivé au capitaine Al Haynes le 19 juillet 1989. Le moteur arrière du vol United 232 a explosé au-dessus de l’Iowa. En une fraction de seconde, tout a changé pour lui et les 295 personnes à bord.
On aurait pu croire que l’explosion du moteur était la fin. Pourtant, ce n’était pas le vrai problème.
Un avion sans commandes
L’explosion a projeté des débris qui ont coupé les tuyaux cachés sous la carlingue. Ces tuyaux transportent le liquide hydraulique qui fait bouger les ailerons, le gouvernail et tout ce que les pilotes contrôlent. Sans ce liquide sous pression, les commandes ne répondent plus. Haynes pouvait encore pousser sur le manche, rien ne se passait.
Le moteur fonctionnait toujours. La radio aussi. Mais l’avion était devenu presque impossible à piloter.
Piloter avec les gaz
Haynes a alors eu une idée très simple, presque folle : utiliser les moteurs pour diriger l’avion. En accélérant un moteur plus que l’autre, il pouvait créer une poussée inégale et faire tourner l’appareil. C’était rudimentaire, comme essayer de tourner un bateau en faisant tourner une seule roue.
Avec son copilote William Records, ils ont testé cette méthode. Quand l’avion s’est mis à pencher dangereusement, ils ont réduit un moteur et poussé l’autre. L’avion a lentement repris de l’aplomb. Mais les moteurs mettent du temps à réagir. À chaque mouvement, il fallait attendre, prévoir et corriger. Un vrai jeu d’équilibriste.
Une aide inattendue
Un passager, Dennis Fitch, était instructeur sur ce type d’avion. Il est entré dans le cockpit pour aider. À trois, ils ont ajusté les gaz et tenté de viser l’aéroport de Sioux City. Ils ont aussi sorti le train d’atterrissage à la main.
À l’approche, l’avion descendait trop vite et trop bas. Impossible de freiner correctement.
Un atterrissage qui n’en était pas un
Le contact avec le sol a été violent. L’aile droite a touché en premier. Le train s’est brisé. Le fuselage a éclaté. L’avion s’est retourné et s’est enflammé.
Pourtant, 185 personnes ont survécu. Ce n’était pas un atterrissage réussi. C’était un crash maîtrisé, assez pour que beaucoup s’en sortent.
Ce que cette histoire nous apprend
Plus tard, la NASA a étudié l’affaire. Piloter uniquement avec les gaz est possible, mais très difficile et imprévisible. Ce n’est pas une solution fiable.
L’essentiel, c’est autre chose. Quand tous les systèmes ont lâché, trois hommes ont refusé de baisser les bras. Ils ont inventé une technique sur le moment et ont gardé l’avion en l’air assez longtemps pour sauver un maximum de vies.
C’est pour cela que le vol United 232 reste dans les mémoires. Pas seulement à cause du crash, à cause de l’ingéniosité humaine face à l’impossible.